Jack London - Martin Eden - Folio
Martin Eden, jeune marin en escale à Oakland en Californie,
est invité dans la demeure bourgeoise des Morse. Il doit cette attention à une
intervention musclée contre des importuns qui menaçaient physiquement Arthur,
le fils de famille. Sous des allures de colosse, le jeune homme dissimule tant
bien que mal une hypersensibilité, conscient de la gaucherie de ses gestes et
de ses mots dans cet univers policé dont il ignore les codes comportementaux.
Son malaise ne fait que croitre à la vue de la sœur d’Arthur, Ruth, décrite
comme une créature séraphique aux yeux bleus et à la longue chevelure. Il en
tombe immédiatement amoureux et la jeune femme éprouve réciproquement pour lui une
attirance physique dont elle ignore la signification et qu’elle ne peut en
conséquence formuler.
Les parents inquiets de l’isolement de leur progéniture,
accaparée par la poursuite d’études littéraires, voient au début d’un bon œil
cette intrusion d’un étranger, et renouvellent leur invitation, croyant ainsi
ouvrir l’esprit de Ruth à d’autres horizons, notamment maritaux, étant entendu que Martin ne figure pas dans
les cartons du projet. Croyant reconnaitre en la jeune femme l’idéal de Beauté entraperçu
dans ses rares lectures celui-ci se met à dévorer indistinctement ouvrages
romanesques, philosophiques et scientifiques avant de se découvrir une passion dévorante
pour l’écriture pour laquelle il sacrifie tout. Guidé au départ par Ruth qui
voile ses sentiments amoureux derrière le paravent d’une éducation
généreusement octroyée à un jeune homme inculte mais intéressant, l’élève en
quelque sorte finit par dépasser le maitre et prend la mesure de l’artificialité
des conventions sociales régissant la vie de la famille Morse et de ses
semblables.
Jeux de l’amour et de la littérature, le roman de Jack
London raconte l’accomplissement et la chute d’un homme à la recherche d’un
absolu artistique. L’erreur disait Cocteau consiste à vouloir courir après la
Beauté. C’est pourtant à cette tâche que s’attèle Martin Eden et tout le récit
raconte l’énorme effort d’écriture accompli en dépit des refus éditoriaux,
effort quantitatif mais aussi qualitatif comme si le héros avait pressenti et
anticipé les regrets de Bergotte, le romancier Proustien, à l’instant de sa
disparition. Seule la faim le conduit parfois à reprendre des activités manuelles, à renouer avec son passé ouvrier afin de payer aussi l'affranchissement des manuscrits postés aux magazines. L’illumination surgit à la lecture de L’éphémère, le poème
de Brissenden, son double littéraire qui le distraie un instant de son
isolement moral et montre la voie à suivre. L’irruption finale du succès (titre
originel et temporaire du livre de Jack London) engendre alors un malentendu. Est-il
compris et si oui pourquoi ne l’a-t-il pas été plus tôt ?
L’assujettissement de l’amour de Ruth pour Martin aux
conventions sociales de son clan, leurs retrouvailles hypocrites dictées par la
soudaine réussite sociale de l’ancien marin sonne le glas. Être aimé pour ce que l’on
représente et non pour ce que l’on est ! Eden a épuisé sa peau de chagrin.
Quelle amertume si l’on se souvient du destin du héros du roman de Stendhal Le
Rouge et le Noir, autre personnage introduit dans un milieu qui n’est pas
le sien, mais adulé par deux femmes foulant aux pieds leur respectabilité
aristocratique pour tenter de le sauver. La réussite littéraire du premier, l’échec
politique du second ont la même sanction.
La dernière page refermée, on s’interroge tout de même, comme
le remarque l’excellent traducteur Philippe Jaworski, sur l'énigmatique destin de cet
homme. On pourrait peut-être citer James Tiptree : « Mes
débuts dans l’écriture, c’est comme si je pelais des tranches de moi-même,
comme on pèle un oignon. Je me suis mise à peler de plus en plus à
l’intérieur et j’ai fini par sentir le vide du cœur ». Quel beau
livre.

J'attendais ce billet. Il réveille une émotion qui a été vive lors de la lecture de ce roman il y a quelques années.
RépondreSupprimerQui est il ce Martin Eden ? Que cherche-t-il ? Pourquoi cette effervescence amoureuse provoque un tel bouleversement en ses habitudes ?
Je me souviens d'une lutte inégale car il y a la société et ses règles, ses rejets. Une société qu'il découvre et qu'il brave en devenant boulimique de lectures. Mais ce qu'il attendait : être reconnu pour sa recherche beauté autour de lui, en lui, arrivera déformé, entaché par une célébrité hypocrite dont le moteur est l'appât du gain...
Il faut que je relise ce roman pour remettre en place le texte et peut-être l'isoler de ce que la mémoire et les années y ont ajouté.
Mais quelle joie en perspective, cette lecture. Le billet est si profond et remue tant de souvenirs...
Je ne peux m'empêcher de penser à un autre toman, celui d'Édith Wharton, " Le temps de l'innocence " (1920) , où un autre jeune homme , Newland Archer, voit ses aspirations profondes broyées par les normes sociales rigides d'une société figée par les apparences et des codes qui ne sont pas les siens.
RépondreSupprimerL'introduction de Philippe Jaworski est magnifique. C'est très intéressant ce qu'il remarque à propos de l'image que se font les lecteurs de Martin Eden tellement différente de celle que l'auteur ,Jack London , voudrait lui donner.
RépondreSupprimerJ'avais oublié la première page. Tout est là. Il est gauche, porte des vêtements d'étoffe grossière et "de toute évidence n'était pas at sa place dans l'immense vestibule où il se trouvait. "
RépondreSupprimerLe débat autobiographie ou pas est un peu vain.il y a des éléments autobiographiques comme chez tout écrivain. SV
RépondreSupprimerJe ne pensais pas à cela mais plutôt à cette allusion à l'égoïsme, à son profil politique tels qu'ils ont pu être perçus lors de la parution du roman.
SupprimerLisant les premières pages du roman, je découvre comment Jack London a forcé le portrait de Martin Eden pour le rendre frustre, malhabile, gourd dans ses gestes. Le physique n'échappe pas à l'impression générale vu par le regard de la jeune fille qui l'observe avec la curiosité d'une entomologiste.
RépondreSupprimerC'est étrange comme on oublie les details d'une lecture antérieure... Ici le marin est présenté comme un éléphant dans un magasin de porcelaine ! Tout cela amplifié par la gentillesse de son hôte. On reçoit pour remercier...
On ressent aussi la douleur muette de Martin Eden qui se sent mal à l'aise et ébloui par ce décor inhabituel pour lui. Son attirance pour les livres qu'il feuillette avec avidité, son approche d'une oeuvre d'art, autant de détails dressant le portrait d'un personnage tout en contrastes : grande sensibilité intérieure enfermée dans une enveloppe corporelle sans finesse et des habitudes de vie rudes. Il y a trop de déséquilibre entre les personnages pour adhérer à cette scène d'introduction sans réserve.
Je pense à un roman "Le Grand Marin" de Catherine Poulain publié en 2016. Un écrivain à bord.... et à tous ces matins qui furent hommes et femmes de plume...
RépondreSupprimerces marins
SupprimerC'est un roman très riche en notations psychologiques. Le moindre sentiment éprouvé est noté. Peu d'action en ces premières pages mais un portrait saisissant. D'énormes difficultés en vue : adaptation ou affrontement.
RépondreSupprimerJe pense encore à Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald que nous avons évoqué récemment. Un personnage malheureux alors que connu de tout le gratin du ghota il n'est perçu que comme un homme riche, extravagant, tourbillonnant sans fin dans des fêtes somptueuses.
Ce sont des êtres en quête d'une reconnaissance illusoire venant d'un monde factice et clinquant qui... règne sur les mentalités de la société dirigeante en matière de richesse et de savoir.
Des romans verront s'ébouler ces privilèges.
Votre billet, Soleil vert, explore bien les finesses du roman et de ce personnage.
RépondreSupprimerJ'ai dû me transformer depuis cette première lecture. Vie et lectures, fréquentation de mondes différents professionnels ou vie privée, me donnent un nouveau regard sur la littérature et l'art. Plus de lucidité, plus d'esprit critique.
Dans ce roman de Jack London les mots appellent la vigilance. Les êtres ne sont pas ce qu'ils paraissent....
Les échanges politiques ou philosophiques ne sont pas assommants comme dans La Montagne magique. La seule énigme consiste en l'allusion à la biologie. Je ne vois pas le rapport avec l'art. SV
RépondreSupprimer"Votre billet, Soleil vert, explore bien les finesses du roman et de ce personnage."
RépondreSupprimerVous allez détecter bien d'autres choses qui m'ont échappé :) SV
L'art ? Il y a dans les premières pages un très fin passage.
RépondreSupprimer"(...) et il y avait là de quoi réagir. Une peinture à l'huile accrocha son regard. Une énorme vague se fracassait lourdement sur un rocher émergé ; des nuages (...). C'était beau, et cela l'attira irrésistiblement. Oubliant son allure maladroite, il s'approcha du tableau, voir tout près. La beauté s'évanouit de la toile. Sur son visage se marqua la stupeur. Il fixa un regard ébahi sur ce qui lui apparaissait maintenant comme un infâme barbouillage, et fit un pas en arrière. Le tableau retrouva aussitôt sa splendeur. "C'est un trucage", se dit-il, chassant l'objet de son esprit, bien que, au milieu de toutes les impressions diverses, il eût le temps d'éprouver une bouffée d'indignation à l'idée que tant de beauté pût être sacrifiée à un truc. Il ne connaissait rien à la peinture. L'éducation de son oeil s'était faite sur des chromos études lithographies font les contours étaient toujours nets et définis, de prestations comme de loin. Il est vrai qu'il avait vu des peintures à l'huile à la devanture de boutiques, mais les vitres avaient empêché son oeil avide d'approcher aussi près qu'il le souhaitait. "
Ce passage me tient à coeur. Il me rappelle les réactions de mes petits élèves que j'aimais conduire vers des musées, des expositions. Apprendre à se reculer, à s'approcher. Toute une éducation de l'oeil.
De plus, vous insistez dans votre billet sur sa quête de beauté. Et c'est bien vu.
Ne peut-on penser que son regard fera le même voyage pour distinguer le factice de l'authentique dans la société qui l'entoure ? Le roman ma passionnée quand il est envahi de dégout par rapport à cette faim de l'argent, de richesses de pacotille qui l'ont atteint, également. Écrire et être célèbre à été un temps dans ce livre un moment d'égarement pour Martin Eden. C'est pour cela que la fin est d'une beauté fantastique.
Une belle approche aussi de son attention à la musique quand la jeune fille joue du piano : "la musique inondations son âme de beauté, libérait l'esprit d'aventure et mettait des ailes Ay ses talons. "
Supprimerinonda - à
SupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimer"Qu'est-ce qui l'a le plus motivé. Était-ce vraiment la culture, le besoin d'ecrire ou celui de ressembler à ceux qu'il avait enviés, cette classe sociale qui n'était pas la sienne et pour laquelle il rejeta sa vie d'avant."
RépondreSupprimerIl me semble qu'il y a une progression, un désir de mimétisme d'abord , le besoin de rejoindre cette classe sociale bourgeoise, puis la compréhension de l'art comme un absolu qui s'affranchit de ses thuriféraires. Mais je peux me tromper.SV
Patience ! J'ai encore bien des pages à lire avant d'entrer dans cet absolu...
SupprimerOui, SV, mais il y a surtout une dépendance à cette femme, au regard qu'elle pose sur lui. Femme guère intelligente, factice, incapable d'assumer sa passion comme l'avait fait Lady Chatterley (autre fiction que j'aime beaucoup).
SupprimerC'est du toc, cette femme. Il perd son temps.
Quant à sa soif d'apprendre, il se trompe de cible. Commencer par le savoir-vivre et la grammaire pour être apprécié de ces gens-là. (Il aurait mieux fait de se casser une jambe plutôt que de porter secours au paternel de la demoiselle pimbeche ! )
Par contre, oui, on peut s'éveiller à la culture tardivement. Parcours atypique difficile mais épanouissant.
Relire ce roman c'est formidable, c'est comme lire pour la première fois.
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SupprimerRéponse au 16.04
SupprimerOui, vous avez totalement raison.
Cette jeune fille m'evoque l'éveil à la sensualité de Lady Chatterley face à la virilité de son garde-chasse. "elle eut le sentiment qu'une vague d'intense virilité se soulevait en lui, prête à déferler sur elle. (...) Son regard s'attarda un instant sur le cou muscul eux aux epais tendons, qu'on eût dit d'un taureau, tanné par le soleil, qui débordait de santé et d'énergie brutes. (...) Une pensée Im pudique lui traversa l'esprit (...) elle lui paraissait révéler une dépravation insoupçonnée de sa nature. En outre, la force physique était à ses yeux une chose grossière et animale.. "
RépondreSupprimerMazette ! Cela va être digne de Don Quichotte attaquant les moulins à vent !
La suite me fait sourire !
RépondreSupprimer"jamais un homme ne l'avait affectée comme celui-ci, dont l'épouvantable grammaire ne cessait de la choquer.
" (...) J'peux pas digérer c'que vous avez dit. J'ai pas été élèves comme ça. (...) Comment est-ce que vous avez appris toutes ces choses sur vous avez dites ? "
Jack London se fait plaisir !
Le repas qui suit est un supplice pour Martin Eden tant i' se sent étranger à ce monde.
RépondreSupprimerJe pense à un film remarquable de Patrice Leconte, "Ridicule" en lisant ces lignes : "ledit Martin Eden, songeait qu'il s'était rendu ridicule et se torturait les meninges pour définir une fois pour toutes la conduite à tenir avec ces gens. Il n'avait guère brillé jusque-là. Il n'appartenait pas à leur tribu et ne parlait pas leur patois. Ne pouvait faire semblant d'être des leurs. Le simulacre serait découvert. "
En cette période du roman il y a un phénomène d'attraction répulsion entre cet homme et cette femme. Est-ce une sorte d'attirance sexuelles, est-ce autre chose. Ils sont très compliqués l'un et l'autre, pas vraiment sympathiques. Ce roman ne ressemble pas du tout au souvenir que j'en gardais. Merci de me permettre de le découvrir.
RépondreSupprimerCe que j'aime dans le personnage de Martin c'est sa sensibilité à la beauté, ce que je déteste : son arriviste. Quant à elle, pour l'instant difficile de la cerner...
Supprimerarrivisme
SupprimerEnfin, au chapitre 3, il est amoureux ! La voilà, à ses yeux, une icône de pureté. De superlatif en superlatif, il entre en extase ! Poésie et musique...
RépondreSupprimerMais ce couple est complètement bancal, pas toléré par cette famille bourgeoise bon chic, bon genre. Et lui se coupe de ses racines : haute voltige !
Les chapitres 6, 7, 8 sont insupportables. Martin se perdant entre les livres sur les règles de savoir vivre, la grammaire - puisque da dulcinée n'arrete pas de relever les "confusions grossières de son langage". Et lui se courbe à n'en plus finir pour lui plaire et pour être intégré à cette famille.
RépondreSupprimerInsupportable !
Son regard sur le monde d'où il vient est désespérant !
"Au bas de l'echelle, où se déroulait sa vie à lui, régnait l'ignoble, et il voulait se purger de cette abjection qui avait souillé ses jours, et s'élever jusqu'au royaume sublime des classes supérieures. "
Ce roman va finir par me donner de l'urticaire !
Et alors, elle, c'est le comble !
RépondreSupprimer"Sa vanité était secrètement flattée de le voir venir manger si timidement dans sa main. La tentation, si commune, de dompter la bête la dé."
mangeait. "
Une vraie tête à claques !
Heureusement, jack London met un peu d'ordre dans toute cette mélasse !
RépondreSupprimer"Elle n'aurait jamais soupçonné que cet homme venu d'au-delà de son horizon formulait en de tels moments des idées d'une ampleur et d'une profondeur qui la dépassaient. Sa vision à elle était limitée par l'étroitesse de son horizon, et les esprits limités ne reconnaissent de limites que chez les autres. "
Mais quand même, ne prend-il pas ses lecteurs pour des demeurés !
Pardon SV de m'immiscer chez vous pour faire passer ce billet à deux erdéliens estimés, alors que le message est bloqué pour je ne sais quelle raison sur l'RDL. (en deux fois ?)
RépondreSupprimerJe vais tâcher de revenir sur Martin Eden, tantôt...
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Message à l'adresse de rosanette & olivier (comme promis)
@ rosanette (11.40), j'avais bien compris... Peu importe si le message venait d'un billet précédent. Dans le roman du malheur (Gallimard, nfr essais 2025) Birnbaum a ce génie, à son âge, et avec sa quarantaine d'ouvrages au style toujours aussi limpide et rigoureux, d'appliquer sa grille de lecture des "deux maisons" (à Etat fort vs Etat faible), à des écrivains juifs anglo saxons vs européens continentaux. On prend un immense plaisir à le voir revisiter de fond en comble les œuvres d'écrivains que nous avons aimés ou moins aimés, (même en tant que lecteur non juif), et à en découvrir d'autres sous sa plume... Pour une quinzaine de célèbres d'entre eux, dans la foulée de son précédent ouvrage sur Proust, il montre comment et pourquoi ils et elles (Nemirovsky et Vicki Baum) se sont différemment positionnés à l'égard de l'antisémitisme après l'affaire Dreyfus, face à assimilationnisme républicain "français" plus ou moins bien assumé chez leurs héros (toujours tentés de retomber dans la nostalgie de shtetl), à la question sioniste depuis Herzl, à la méfiance envers diverses idéologies ou à leurs "alliances incertaines avec l'Etat"… Personnellement familier de l'œuvre des Cohen, Schnitzler, J. Roth, Zweig, Kafka ou Proust, je l'étais moins de celle des italiens (Bassani et Svevo) et surtout de celles de Henri Roth (très fluctuante au cours du temps depuis ses publications posthumes, apparemment), et totalement ignorant de celles de Wesserman, Zangwill, J-R Bloch ou Cahan…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Supprimer'suite au message précédent) Birnbaum explique ainsi son entreprise : "il est temps pour moi d'étudier ces grands écrivains qui façonnent aujourd'hui encore notre imaginaire, de les lire à la lumière de la sociologie comparative (...)" Il recherche "d'éventuels traits identiques" parmi les auteurs auxquels il a choisi de s'intéresser "de semblables inquiétudes qui font du malheur juif un commun dénominateur (...) Il s'agit de tenter de les rapprocher en une sorte de longue génération indûment étendue dans le temps et l'espace, confrontée aux même enjeux tragiques de la modernité menaçante, avant que la Shoah ne rende presque caduc leur fragile univers" (p. 12). Bien sûr, il y "réussit" puisque son essai, toujours dans la veine de ses ouvrages de sociologie politique, reste hypothético déductif, ce qui signifie que le choix de ses écrivains n'est pas anodin, puisqu'il valide sa thèse de toujours sur les différents écarts des politiques, des intellectuels et aujourdh’ui des écrivains juifs face aux divers processus d'assimilation. PB a cette honnêteté d'être beaucoup plus nuancé sur chacun d'entre eux, prouvant qu'il les a lus à la perfection tout autant que l'immense littérature de gloses universitaires à leur sujet (40 p. de notes annexes). Il procède à une relecture des romans à l'aune de l'attitude de leurs auteurs (correspondances ou autres écrits...) face aux mondes politique, culturel, social, religieux et idéologique de leur temps, allant jusqu'à s'aventurer au delà de la Shoah et de la guerre des Six jours. [Cf. une splendide lecture de Saul Bellow (Mr Sammler) et une réserve fort bienvenue à l'égard des spécialistes de Kafka ayant tous voulu démontrer que son sionisme tardif avait été "ambivalent", un terme qu'il récuse à juste titre au profit du terme "d'indécision"].
RépondreSupprimerPour faire un peu cuistre, je dirais avoir regretté qu'il n'ait à aucun moment évoqué l'œuvre du rabbin écrivain américain Chaïm Potok des années 1950-60, ce qui aurait été un merveilleux complément attendu à ses développements p. 108. sur les survivances du hassidisme dans certains ghettos de grandes villes américaines (cf. « l'élu » et « le don d'Asher Lev »)… Ce n’est pas très important, et peut-être hors de son champ d’étude. Bon, j'espère que vous apprécierez cet essai comme moi, qui ne suis pas "juif ni un fou de la République", comme l'a été mon prof à Paris I dans les années 1980… qui ssucite toujours mon estime et admiration… J’espère que ce bouquin vous parlera autant qu'à moi, j'en suis persuadé... A+, peut-être ?... Bàv
(***désolé, mais sur Jane Austen dont j'ai lu comme tout le monde Orgueil et Préjugés, je n'irai point le relire pour argumenter, comme le ferait un Paul Edel - On finit par être un brin écœuré avec les reportages de télérama et autres, sur icelle... Das le présent papier, je remarque que Passoul nous parle surtout de ses romans portés à l'écran. Bon, c'est l'actu de la RDL, et donc, pourquoi pas ?).
L'ouragan J J Janssen s'est abattu sur l'invraisemblable histoire de Martin Eden avec une moitié de dialogue époustouflante. Rosanette lira-t-elle cette mémoire étincelante si loin de son espace habituel ? Qui sait ?
RépondreSupprimerIl restera la joie du passage d'un songe et l'évocation d'une lectrice idéale.
Très bien, la référence de Saul Bellow pour "La planète de Mr Sammler".
Ma planète est maintenant baignée d'un soleil vert. Il y a plein de livres !
Ah, très bien le chapitre XI. Enfin il se réveille ! Il ose la contredire, fait confiance à son instinct, exprime des pensées très fines sur l'acquisition du savoir.. Il n'y a pas d'amour dans ce livre seulement une percussion de deux êtres pour qui l'autre est un révélateur de ce qui est inexprimé en eux. Là, commence une sacrée bataille de chrysalide...
RépondreSupprimerJe crois que ce qu'elle s'étonne de trouver en elle et à quoi elle prend goût c'est le plaisir de dominer l'homme par la manipulation. Elle veut l'humilier, le convaincre qu'il n'arrivera jamais à être cultivé, à faire parie de l'elite bourgeoise. Elle désire d'autant plus le rabaisser qu'elle le désire sexuellement. Le fait de le détruire progressivement c'est une violence qu'elle s'inflige, certainement parce qu'elle a honte de ce désir violent.
RépondreSupprimerQuant à lui, un enchaînement de circonstances le conduit à découvrir un monde qu'il ne connaissait pas. Intérieur luxueux, vaisselle raffinée mais surtout des livres, de la musique, de l'art et tout cela baignant dans une aisance financière qu'il n'a jamais connue, lui le marin payé à la tâche. Certainement envieux et honteux car on ne se prive pas de lui renvoyer son inculture, son langage argotique, ses manières frustrés, ses vêtements grossiers.
RépondreSupprimerAu hasard de son ascension il découvre qu'il est intelligent, intuitif, capable de lire des ouvrages complexes, d'ecrire, inspiré par les poètes. Il commence à juger cette femme qu'il vénérait, l'idéalisant, à douter de ses jugements, de son influence.
C'est intéressant car, hélas, il est avide de richesse, saisissant son désir d'ecrire pour accéder à l'aisance financière et par ce moyen, intégrer cette élite bourgeoise.
La fin triste lui redonnera pureté et abandon de ses illusions...
C'est un beau roman, maladroit dans ses premiers chapitres trop démonstratifs.
Voilà ma lecture, certainement discutable pour d'autres lecteurs. De plus je n'ai encore lu que quelques chapitres.
Tout en me souvenant de certains passages du livre, notamment la fin digne du Grand Bleu de Luc Besson.
SupprimerLa plus belle période de la vie de Martin Eden est dans le chapitre XI. Ah, ce bonheur décrire...
RépondreSupprimer"Il écrivait d'abondance, dans une concentration extrême, du matin au soir et jusque tard dans la nuit, ne s interrompant que pour se rendre à la salle de lecture (...) Il était profondément heureux. Il vivait des jours intenses (...). La réalité autour de lui (...) tout cela n'était qu'un rêve. La vraie vie était dans son esprit, et les histoires qu'il écrivait autant de fragments de réalité issus de son cerveau. "
Cette parenthèse de bonheur suave ne pourra survivre à la misère et à la déception de voir ses manuscrits refusés. L'argent deviendra une obsession... Mais il aura connu l'ineffable joie de créer.
Je crois que j'ai aimé cette plénitude, il y a quelques années, quand j'ai découvert ce roman, tout étonnée que l'écrivain qui avait créé Croc blanc et Buck, les forêts enneigées du grand Nord, ait pu saisir ce marin, l'arracher à sa vie d'écume et de vent pour le coincer dans ce boudoir près d'une jeune femme bien falote, étriquée. Il a dû avoir besoin de respirer, de tout envoyer valser, ne serait-ce que dans quelques pages. Alors, il le saisit du bout de la plume et verse en lui toute sa joie d'écrire. Je mets le roman en pause pour éloigner les noirs corbeaux du malheur. À lui la joie de créer !
La première fois que j'ai lu ce roman, il y a bien longtemps, j'étais content puisque je pensais pouvoir ressembler à ce "prolo"... Mais au fur et à mesure des développements sur son histoire d'amour, je trouvais qu'il prenait une bien mauvaise tournure, que le héros allait tout droit à la cata malgré sa cécité. Il croyait à sa pulsion d'écrivain désireux d'être reconnu à tout prix par un milieu dont il n'avait pas compris qu'il ne lui appartiendrait jamais... Or il s'entêtait...
RépondreSupprimerJ'avais décidé de ne plus jamais fréquenter ce Martin Eden, ni son auteur qui se tirait à ce point les cheveux qu'il voulait à tout prix rester la tête hors de l'eau..., On sait tous comment ces histoires finissent, par vrai naufrage... J'en suis resté là... Et aujourd'hui, je persiste à ne vouloir toujours pas y revenir le temps d'y revenir, en dépit du regard ébloui de Christiane par le Rayon vert.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser de jeter ce froid dans la mare... Il y a des romans tabous comme cela dans la vie de chacun, pour lesquels, quoi qu'on fasse ou dise, on a décidé de se débarrasser définitivement. Car c'est le premier sentiment éprouvé qui marque à jamais un liseur. Non ? Bàv,
Je ne vais pas raconter toutes mes impressions à la re...lecture de ce roman un peu manichéen mais j'ai bien du plaisir à le relire.
RépondreSupprimerJe ne le lis plus de la même façon. Je note les impasses dans lesquelles s'est égaré le héros de Jack London. À trop opposer un monde ouvrier inculte et une bourgeoisie gardienne du savoir, il entre dans un combat politique perdant de vue sa joie d'écrire.
Je crois que Martin Eden s'est détourné de la création littéraire quand elle lui devint un moyen d'accéder à une reconnaissance sociale, être écrivain et cultivé pour changer de monde.
Ce roman me rappelle une lecture encore plus ancienne, "L'aventure ambiguë" de Cheikh Hamidou Kane, relatant le parcours de Samba Dialo qui, pour avoir étudié dans une université parisienne, se retrouve en exil entre son pays natal, le Sénégal, sa langue maternelle, la langue peule et cet Occident fantasmé. Une brèche identitaire, un dechirement.
L'homme est il conditionné par son milieu ? Le héros de ce roman finissait par penser : "Il arrive que nous soyons capturés au bout de notre itinéraire, vaincus par notre aventure même. Il nous apparaît soudain que, tout au long de notre cheminement nous n'avons pas cessé de nous métamorphoser, et que nous voilà devenus autres. Quelquefois, la métamorphose ne s'achève pas, elle nous installe dans l'hybride et nous y laisse. Alors, nous nous cachons, remplis de honte. J'ai choisi l'itinéraire le plus susceptible de me perdre... "
Le grand renversement de Matin Eden c'est l'apparition du sentiment de dégout qui l'envahit en pleine effervescence de sa célébrité.
Sa fin est sans espoir.
J'ai fait l'impasse sur l'évolution de cette aventure amoureuse. Jack London ne gâte pas ses lecteurs avec son personnage feminin !
Imaginons que Martin Eden aït rencontré une jeune femme non conformiste, capable de l'épanouir sans la contrainte sociale de son milieu, cultivée, fine, à son écoute... Supposons qu'il ait rencontré un éditeur ne rejetant pas ses manuscrits, dialoguant avec lui...
Mais il faut prendre "Martin Eden" tel que l'a voulu Jack London et ce roman reste très attachant.
Vous aussi, vous y avez songé, Seil vert :
Supprimer"Quelle amertume si l’on se souvient du destin du héros du roman de Stendhal "Le Rouge et le Noir", autre personnage introduit dans un milieu qui n’est pas le sien, mais adulé par deux femmes foulant aux pieds leur respectabilité aristocratique pour tenter de le sauver."
Soleil vert
SupprimerIl y a une petite réflexion que je n'ai pas voulu inclure dans la fiche de lecture. Le sentiment de dépossession, de vide, ressenti par Martin Eden n'est-il pas le lot de tous les écrivains ? Le livre rédigé et publié appartient à ses lecteurs ou plutôt devient autonome. Sorti de la gangue du temps qui l'a vu naitre il développe d'autre significations (voir Calvino ou Yourcenar sur la sculpture) SV
RépondreSupprimerMais c'est la force de vos billets, So'eil vert : ne pas tout dire, offrir un livre et des hypothèses pour le situer autant dans l'époque où il a été écrit que sur l'intrigue du roman ou sur l'auteur. Ensuite, comme les écrivains que vous évoquez vous êtes dépossédé de votre billet. Les amis qui fréquentent votre espace lisent ou ne lisent pas le livre, ou l'ont déjà lu, s'expriment sur ce livre, cet écrivain ou restent silencieux.
SupprimerEt là les commentaires s'accumulent, se croisent, se répondent, se contredisent, voir évoquent un autre livre...
Vous, patient, intervenez parfois.
Et nous lisons et nous partageons jusqu'au prochain livre que vous choisirez tout en lisant souvent d'autres livres de nos bibliothèques.
C'est vivant, patient. Un espace tranquille comme un jardin japonais.
Que vous dire ? merci. Merci pour votre accueil, pour toutes ces découvertes.
Et vous avez bien du mérite de lire des ouvrages étrangers à votre périmètre culturel. SV
RépondreSupprimerQu'est-ce cette histoire de mérite, Soleil vert ? Je n'aime ni les périmètres - ça sent l'enclos ! -, ni les frontières. J'aime ouvrir des livres de littérature. La science-fiction depuis si longtemps est un visage de la littérature, la poésie un autre, la littérature classique encore une autre. Ce qui est important c'est que des hommes, des femmes aient eu envie d'écrire, que des éditeurs, des journaux aient eu envie de les publier, que des lecteurs y aient trouvé du bonheur.
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup votre éthique tellement présente dans vos billets et vos interventions. Donc je m'interesse aux livres que vous aimez. S'il fallait définir votre périmètre culturel... un coup d'oeil à la colonne de droite suffirait à être prudent !
Je viens ici sans contrainte, sans idée préconçue. De plus j'aime la liberté que vous donnez à tous ceux qui écrivent - ou effacent un commentaire. Toutefois vous êtes vigilant. Pas de place pour une méchanceté gratuite, une conduite harceleuse ou raciste et ça c'est très agréable.
Je m'aperçois que M. C. n'intervient plus depuis quelques temps, j'espère qu'il n'a pas d'ennuis de santé. Et e. g., elle me manque aussi.
Donc tout va bien, Soleil vert. Laissons les périmètres aux géomètres !
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
SupprimerNon, il n’a pas d’ennuis de santé, mais il était à Paris brièvement, puis en Colloque à Fribourg. Il vous lit toujours avec plaisir…
RépondreSupprimerAh voilà une bonne nouvelle ! Ainsi il est heureux échangeant mille pensées avec ses collègues.
RépondreSupprimerJe relis votre billet, Soleil vert. Il est délicat, suggérant plus qu'accusant. Votre retour sur Bergotte et Cocteau est subtil, insistant sur la quête de beauté de Martin Eden. Vous cernez bien cette jeune femme et son clan familial.
RépondreSupprimerJe me rends compte que j'ai été plus féroce que vous, un peu comme JJJ.
Mais votre modération est douce et permet de se souvenir de tout ce qui était onirique chez ce personnage.
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RépondreSupprimerJ'ai supprimé le doublon.
RépondreSupprimerMa férocité s'explique toujours par une pulsion d'écriture hésitante qui doit aboutir quelque part en se désinhibant. Je ne sais pas écrire avec nuance, ce qui équivaudrait toujours pour moi à une faiblesse et une inutilité. Quand j'essaie d'être sympa, dire pourquoi je suis touché par quelque chose ou quelque écrivain ou roman, je trouve toujours ma réelle empathie un brin niaiseuse. Tout cela pour dire que sans vous, SV et CP, je n'aurais jamais essayé de faire émerger un très vieux ressenti enfoui de Martin Eden. Bien évidemment, cela ne vaut pas tripette et n'est nullement constructif. Merci d'admettre cela et surtout de ne prendre aucun ombrage à l'égard de ma réaction au billet. Bien à vous deux et à MC.
RépondreSupprimerJJ, vous avez un coeur d'artichaut ! Il est sympa votre commentaire.
RépondreSupprimerVoui, j'ai un cœur en arti*chaud@com
RépondreSupprimerUn coeur d'artichaut... Oui, JJJ, il faut vous effeuiller pour le trouver !
RépondreSupprimerHeureux, je ne puis dire qu’ Eden me fascine, mais bon; Sylla n’a que son temps, il est Viel et casse. Son règne passera, s’il n’est déjà passé… »
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SupprimerPage 265 chapitre 24, Martin Eden parle comme JJJ !
RépondreSupprimer"Les critiques musicaux du monde entier peuvent avoir raison, mais je suis moi, et je refuse de subordonner mes goûts au jugement unanime de l'espèce humaine. Si je n'aime pas quelque chose, je ne l'aime pas, voilà tout. Rien ne m'obligera à faire semblant de l'aimer sous prétexte que la majorité de mes congénaires l'aime, ou fait semblant de l'aimer. Pour ce qui est du jugement, je suis indifférent aux modes."
Ruth, la jeune fille, commence à avoir du mal à réfuter les jugements de Martin sur la poésie, la musique, le savoir. C'est réjouissant !
Je me suis trompée, Soleil vert et vous avez raison, c'est la misère qui le pousse à douter de son travail d'écrivain. J'avais oublié le chapitre 25 et ce chèque, de seulement cinq dollars pour cinq mille mots, qu'il reçoit , ne lui permettra pas de régler ses dettes et de récupérer ses biens mis en gage. "Il avait gâché deux années à travailler pour rien ; il n écrirait plus une seule ligne. Il ferait ce que Ruth - ce que tout le monde attendait de lui : il trouverait une situation. "
RépondreSupprimerLe rédacteur de la revue lui avait menti !
Ces pages me font penser au cinéma Neo réaliste italien, " le voleur de bicyclette" Vittorio de Sica, je crois.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Voleur_de_bicyclette
RépondreSupprimer@ 2.41 ? https://www.tiktok.com/@boss.comedy.club/video/7318067436161338656 ????
RépondreSupprimerMais non ce n'est pas l'humoriste Ahmed Sylla, voir les guerres de pouvoir de la Rome antique. Un certain Sylla y a laissé des traces....
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RépondreSupprimerMerci, Paul, pour la lecture de Laurent Mauvignier, "La maison vide". Nous avons passé un bon moment avec JJJ à dialoguer sois "Le buffle blanc". C'est tellement agréable d'échanger sur nos lectures.
RépondreSupprimerJe suis très touché du fair play de Paul Edel dans cette remarque, de l'hommage qu'il rend à la merveilleuse artiste de la lecture. Suis toujours surpris par la modestie de votre réaction, Ch...
RépondreSupprimerIl y a vraiment de très beaux lecteurs.trices sur les réseaux sociaux qui nous rachètent de la laideur de pas mal d'autres... Bien à vous à tous les deux, et à Soleil Vert...
Paul Edel dit: 21 décembre 2025 à 10h27 (sur la RDL)
Sur le blog de Soleil Vert, Christiane a mené un exercice intéressant , très complet et visiblement parfaitement sincère: nous dire, au fil de sa lecture, ses sentiments contradictoires, ses émotions si diverses, changeantes, ses colères, ses perplexités, son admiration finale pendant sa lecture personnelle de « La maison vide », le Goncourt. Elle ne cache ni ses agacements, ni ses désarrois, ni ses sautes d’humeur, ses revirements, ses emballements soudains pour une scène , soudains enthousiasmes devant telle page ou certaines scènes (le mariage, oui la guerre 14 -si bourrée de mauvais clichés à mon sens ) Je dois dire que son exercice est réussi car il donne le film complet (diastoles et systoles de ses émotions de lectrice), et dit bien de ce qui évolue en nous pendant la lecture d’un roman. Et nos hésitations et revirements, Je n’aime pas du tout ce roman, mais j’admire les arguments, l’énergie, l’intelligence avec laquelle Christiane a mené son affaire est son travail critique .Enfin elle note avec justesse que le style de Mauvignier se modifie pendant la rédaction de son roman, c’est une remarque d’une fine lectrice.
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RépondreSupprimerPardon! C’est une citation d’une belle scène du Sertorius de Corneille!
RépondreSupprimerBref, rien d’hugolien nivde Jack Londonien là dedans….
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SupprimerChantal,
RépondreSupprimeroui , heureuse comme un poisson dans l'eau. Une carpe toï par exemple.
Plus exactement, c'est un espace qui a de grandes qualités. Les billets de Soleil vert ouvrent avec beaucoup d'honnêteté, de précision, de sensibilité les livres qu'il aime. Son horizon est vaste. Le retour aux billets plus anciens - souvent signalés par un lien bleu - donnent une cohérence à ses choix.
SupprimerDe plus c'est un espace d'expression qui permet d'adopter le temps dont nous avons besoin pour lire le livre choisi. Rien ne presse. Tout est possible. Fermer le livre, le reprendre, l'aimer puis s'en lasser puis à nouveau l'aimer. Ce ne sont pas des caprices de lecteurs mais la sincérité face à un écrit qui tantôt nous comble, tantôt nous indiffère, tantôt nous agace.
Lui, Soleil vert, reste discret, à l'écoute, intervient parfois sur un détail. C'est un bon compagnon de cordée. Et son blog est reposant, oui, calme comme un jardin japonais.
Parfois un coup de vent fait s'envo'er les mots comme fleurs de cerisiers puis tout redevient calme. C'est le temps de prendre un bol de thé, lisse, simple, posant dans la paume une invitation à penser, à accueillir la pensée des autres. C'est bon pour le coeur.
Qu'est-ce que l'oubli d'un souvenir quand on se souvient d'un livre lu sans le reconnaître des années plus tard dans une nouvelle lecture ?
RépondreSupprimerJe me souvenais du titre de la fin du livre, de la mer. Tout le reste je le découvre chapitre après chapitre.
Me voici arrivée au milieu du roman.
Tout a changé. Martin commence à voir ses nouvelles publiées et, ce qui l'apaise, à pouvoir rembourser ses dettes et récupérer ses biens. Il n'habite plus chez sa soeur.
Maria, la logeuse est une femme simple, courageuse, sensée.
Ruth est toujours aussi fausse. Amoureuse ? Si c'est ça l'amour, vive le célibat !
Martin est encore dans la sincérité face à l'écriture mais l'hiver l'a diminué - maladie, pauvreté et cet amour (?) encore très puissant pour Ruth qui le taraude. N'est-ce pas le besoin d'aimer, plus indispensable que l'autre qui devient support de ce besoin ?
L'écriture de Jack London est plus assurée, moins de mollesse. Elle semble suivre l'évolution des pensées de Martin.
Je m'attache à ce roman. Le billet de Soleil vert me tire en avant. J'attends, j'attends que le roman ressemble à ce qu'il en dit. Et ça vient, malgré moi. C'est comme un négatif plongé dans le révélateur. Le motif se précise mais il ne faut pas allumer la lumière trop tôt.
Voilà un passage intéressant :
RépondreSupprimer"Il avait été vite adopté partout en raison de sa capacité à se débrouiller au travail et au jeu, à se battre pour ses droits et à se faire respecter. Mais il n'avait pas pris racine. Il s'était acclimaté suffisament pour satisfaire les autres, mais non pour se satisfaire lui-même. Partout et toujours le tour mentait une vague inquiétude, l'appel du lointain, et il avait mené une vie d'errance jusqu'au jour où il avait rencontré les livres, l'art et l'amour. " Naissance de la faille si bien exprimée, ici.
tourmentait
SupprimerSoleil vert, vous écrivez à 12:34
RépondreSupprimer"Il y a une petite réflexion que je n'ai pas voulu inclure dans la fiche de lecture. Le sentiment de dépossession, de vide, ressenti par Martin Eden n'est-il pas le lot de tous les écrivains ? Le livre rédigé et publié appartient à ses lecteurs ou plutôt devient autonome. Sorti de la gangue du temps qui l'a vu naitre il développe d'autre significations (voir Calvino ou Yourcenar sur la sculpture) SV"
C'est bien interessant, nous en parlerons demain.
"Mishima ou la vision du vide". Marguerite Yourcenar.
RépondreSupprimerCe que dit l'éditeur
"Le 24 novembre 1970, Mishima prépare avec un soin minutieux sa mort. Il est âgé de quarante-cinq ans. Son oeuvre est ample. Il connaît la gloire mondiale. Il veut que son suicide obéisse en tous points aux rigueurs du rite exigé depuis des siècles dans la tradition de son pays (...)il s'ouvre le ventre avant de se faire décapiter par la main d'un ami. Mort à la fois terrible et exemplaire parce qu'elle est en quelque sorte le moyen de rejoindre en profondeur le vide métaphysique dont le romancier-poète japonais subit la fascination depuis sa jeunesse.
Marguerite Yourcenar met toute l'acuité de son intelligence au service d'une telle aventure humaine dont elle pressent à la fois la proximité et l'étrangeté. (...)
Ainsi, un grand écrivain d'Occident démonte les mécanismes de la psychologie d'un grand écrivain d'Orient, mettant au jour les ambitions, les triomphes, les faiblesses, les désastres intérieurs et finalement le courage."
Ces mots placent bien ce livre que j'ai beaucoup aimé dans la réflexion sur le Vide de Marguerite Yourcenar.
Un vide dans lequel plongent beaucoup de ses personnages. Un vide qui est un tout, un tout qui entoure, emplit et porte toute chose. Son expérience du Japon complétait admirablement sa passion pour la Grèce ancienne.
Vous êtes dans ce choix, et dans celui de Calvino tout à fait dans ce prolongement que vous donnez au roman de Jack London. La mort mystérieuse de Martin Eden se laissant aspirer par les profondeurs de l'océan rejoint le geste de Mishima. Aller, se laisser aller là où le silence remplace tous les mots, même les corps et surtout les pensées. Oui, je crois que les écrivains vivent une étrange sensation de vide une fois leur livre terminé. Comme si leur vie avait coulé dans l'encre des mots. Ils sont, j'imagine, en apnée, privés du souffle qui les a traversés durant leur fièvre d'écriture. J'ai hâte d'arriver à la fin du roman pour lire attentivement les dernières pages.
Pour Calvino, ce sera demain. J'ai un peu sommeil. Hâte de retrouver ce moment magnifique où l'on s'endort, où on accepte cet effacement total de nos pensées maîtrisées.
Laissez les Temps Paniqués et urées hugolianeries. Je reste Cornélien !
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SupprimerJ'évoquais Mishima mais il a aussi Zenon dans "L'œuvre au noir" Qui se dirige vers une mort volontaire. La mort et le vide. La mort et le rien. Ce vide là n'est-il pas celui recherché par Martin Eden à la fin du roman. Une protestation ?
RépondreSupprimerou une façon de sortir des convenances, de son lien avec la société. Il va vers lui-même comme un retour à l'origine.
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SupprimerPour Calvino, je pense bien sûr au "Chevalier inexistant". Ce creux d'un corps absent dans une armure vide mais aussi à la page blanche qui ne cesse de le tourmenter comme si elle appelait l'encre des mots pour les absorber, les dissoudre.
RépondreSupprimerVous êtes revenu deux fois à ses romans et ce fut un plaisir d'échanger avec vous.
Et là le vide n'est pas un manque !
SupprimerEt pourtant le roman ne peut décrire qu'à partie d'un manque. Ce manque qui sera retrouvé quand l'écriture de ce roman sera achevée. Est-ce cela que vous évoquez à la fin de votre billet, Soleil vert ?
Supprimers'écrire
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RépondreSupprimerPour en revenir au suicide de Martin Eden, ce vide auquel il aspire, n'est-il pas ce désir d'oublier les blessures, de tout ce qu'il a dû endurer, de ce monde devenu insupportable, de ce dégoût pour toute parole ?
RépondreSupprimer"Et pourtant le roman ne peut décrire qu'à partie d'un manque."
RépondreSupprimerJe l'interprete comme un coeur qui serait une peau de chagrin. SV
Les vers tirés du poème de Longfellow sont prémonitoires. (p.342- chap. 30)
RépondreSupprimer"Enfin se reposent ;
Un pas suffit et tout s'achève ;
Un plongeon, une bulle, et la bulle crève. "
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RépondreSupprimerEureka ! p. 429, Martin Eden reçoit la lettre qu'il espérait du directeur de revue. Le poème "L'Ephémère" accepté.. Rémunération magnifique promise...Le voici en état second.
RépondreSupprimerMais tout se dégrade... Son ami Brissenden est mort...
Critiques assassines.
Retour à la vie d'avant. Séparation d'avec Ruth. Un vide immense s'installa dans sa vie... "Sur l'écran de sa vision intérieure se dessina une longue ligne horizontale de blanc. C'était étrange... Il bascula dans l'indifférence... Qu'importait l'argent ? Il se laissa aller à la dérive. Vivre moins, c'était moins souffrir.(...) Il n'avait ni amis ni connaissances, ni le désir de s'en faire. Il n'avait goût à rien. Il attendait une impulsion qui viendrait et il ne savait d'où... "
Tout cela le rendait profondément triste. Oui...
Donc le poème de son ami à été édité puis moqué. Lui était mort et en n'a rien su. Seul et las, le coeur plein de chagrin, il a basculé dans l'indifférence. Loin de ses anciens amis qu'il avait mis à distance, loin de ceux qui ne vivaient que de politique, loin de la femme qu'il avait cru aimer. Et c'est là, dans ce temps d'après que son roman paraît puis ses écrits anciens qui avaient été refusés mais "la peau de chagrin" qui enserre son coeur le tient hors de la joie dans un vide qui est une absence à soi. Tel le chevalier inexistant d'Italo Calvino, son corps est absent.. Il erre...
RépondreSupprimerVous avez eu une sacrée intuition, Soleil vert, en réunissant ces trois écrivains qui de façon différente ont interrogé le Vide et la souffrance.
C'est un sacré voyage, ce livre, si long, si pesant parfois, si manichéen. Mais dans sa langue naïve il approche bien le drame de cet homme, Martin Eden.
Je comprends que vous terminiez par cette exclamation : quel beau livre.
Je ne conclurai pas comme vous ni comme JJJ.
J'avais rencontré ce livre, il y a quelques années et je me souviens maintenant dans quelles circonstances. Un ami, très jeune, avait été bouleversée par sa lecture mais refusait d'en parler. Je l'ai donc lu pour comprendre l'émotion de cet ami, avec ses yeux, avec sa jeune vie pas facile.
Le relire me réjouit car il s'en est sorti. Il va bien. C'est un homme debout. Merci à vous, l'orpailleur !
.
Cet extrait (p.480 - chap. 45) tellement proche de ce que j'ai tenté d'exprimer avec le personnage de Calvino, le chevalier inexistant.
RépondreSupprimer"Mart Eden le voyou et Mart Eden le marin avaient été des êtres réels, ils avaient été lui ; mais Martin Eden l'écrivain célèbre était une vapeur émanée de l'esprit de la foule, et que l'esprit de la foule avait introduite dans le corps de Mart Eden le voyou et le marin. (...) Il n'était pas ce mythe solaire que la foule générait et à qui elle offrait des dîners sacrificiels. "
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SupprimerMais si fréquent en littérature!
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RépondreSupprimerC'est quoi l'oubli ? Pourquoi on oublié ? Qu'est-ce qu'il y a derrière l'oubli. Sommes-nous des palimpsestes ?
RépondreSupprimerCe qui se construit et se défait pour se reconstruire...
RépondreSupprimerle temps d'habiter une lisière...
RépondreSupprimerLecture du roman achevée. J'ai retrouvé intacte la beauté du final. Encore merci à Soleil vert pour la proposition de ce livre.
RépondreSupprimerCe qui est bien ce sont les heures, les jours qui suivent la lecture du roman.
RépondreSupprimerVous avez raison, Soleil vert. Le personnage de Martin Éden passe du mimétisme, à la revolte, puis à la plénitude de la création. Toutefois la reconnaissance de ses écrits vient trop tard et pour de mauvaises raisons. L'indifférence le gagne et un désir de quitter ce monde factice. Oui, c'est un beau roman.
Merci pour votre lecture attentive sv
RépondreSupprimerCela a été un chemin sinueux mais menant à la clarté. Vous y êtes pour beaucoup.
SupprimerJ'ai effacé quelques commentaires pour rester bien fixée sur le roman.