John Wyndham - Les
Chrysalides - J’ai Lu
Longtemps après la « Tribulation », un mystérieux
évènement apocalyptique qui a aboli le Passé de la mémoire des hommes et
éradiqué les civilisations, le jeune David Strorm tente de survivre au sein
d’une communauté rurale religieuse qui traque les individus présentant des
malformations corporelles, autrement dit les mutants. David est télépathe. La
révélation au grand jour de ce don pourrait le condamner à un bannissement ou
mettre son existence en péril. Dans le district de Waknuk où il est né, le
grand-père puis le père de l’adolescent mènent la lutte contre un Mal censé offenser
l’œuvre d’un Dieu qui aurait conçu l’homme à son Image. Ce culte fanatique de
la Pureté est censé protéger la communauté de menaces extérieures démoniaques. Au-delà
de Waknuk, des êtres difformes issus de l’Orée, et pire encore des Terres
maudites menacent dit-on de franchir les frontières du Labrador.
Le destin de Sophie, une enfant déviante enfuie avec ses
parents à cause d’une malformation insignifiante hante David. Mais bientôt le
jeune homme découvre l’existence d’autres télépathes. Ensemble ils établissent
un réseau de surveillance, sachant que la moindre erreur fera s’effondrer le
château de carte d’une protection illusoire.
Publié en 1955 ce récit de mutants pourchassés et
avant-garde d’une nouvelle étape de l’évolution humaine évoque A la
poursuite des Slans de A. E Van Vogt, mais on trouve aussi dans Un cantique pour Leibowitz l’idée d’une survie post atomique de croyances
religieuses et dans Le village des damnés de Wyndham celle d’une
gestalt d’êtres différents isolés au sein d’une population qui les repousse.
Fort bien écrit - merci à Stephen King de rappeler les qualités littéraires
d’un auteur inspirateur de J.G Ballard - Les Chrysalides se présente
comme une fantasy qui déboucherait brutalement sur un univers de science-fiction,
illustrant aussi que le passage du rêve à la réalité est affaire de nombre.
Curiosité, la couverture et son pied à l’orteil
surnuméraire évoquent la toile du vieux maitre Frenhofer héros du « Chef
d’œuvre inconnu » de Balzac… Comparaison osée diront certains.

Encore un billet vertigineux par ses liens et l'évocation de ce temps d'après.
RépondreSupprimerJ'ai relu celui du Cantique de Leibowitz, nos échanges. J'ai aussi fureté dans ma mémoire à la recherche de cette toile du chef-d'œuvre inconnu de Balzac .Il ne restait qu'un pied dans une bataille furieuse de couleurs ayant aboli le tableau avant que le maître ne se suicide.
Il est effectivement troublant de voir sur la couverture du livre ce dessin de pied émerger d'une multitude de papillons multicolores. Quel serait le lien ? Pas La belle Noiseuse de rivette avec la belle Emmanuelle Béart, ni le chef-d'œuvre de Picasso mais un certain tragique à la poursuite d'un rêve de beauté. Voilà un livre que je vais réserver comme rechercher celui de Balzac. Merci pour cette âme éparse qui surgit de vos billets.
Pour le vieux maître Frenhofer la peinture devait montrer ce qui ne peut être vu. Une sorte de poursuite, une sorte de chasse... Piccoli dans La belle Noiseuse refaisait à l'infini ses dessins, insatisfait de sa toile , pourchassant pour Rivette une beauté fuyante. Le chef d'oeuvre inconnu de Picasso tenait du rébus.
RépondreSupprimerMais oui ces grands peintres évoqués dont Nicolas Poussin chez Balzac poursuivent une image qui leur échappe mais aussi l'écriture, l'œuvre...
Il faut que je relise ce billet pour saisir à quel moment il y a poursuite d'un visage, d'une image insaisissable, peut-être ce rapport esquissé entre Dieu et l'homme qu'il aurait créé à son image alors que Lui on ne peut le voir ( comme pour Moïse). Certains disent que c'est l'homme qui a créé Dieu à son image. ..
Je pense à un tableau de Magritte où un homme se regardant dans un miroir ne voit que son dos ou encore à Barthes cherchant désespérément dans de vieilles photos le visage de sa mère disparue.
Là il semble que c'est leur mémoire que les hommes ont perdu. Il semble aussi que dans cette civilisation on chasse tout ce qui paraît anormal.
Bref, de quoi cogiter !
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RépondreSupprimerhttps://www.parisladouce.com/2021/12/expo-le-chef-doeuvre-inconnu-entre.html
RépondreSupprimerChic ! On voit quelques planches !
Il y a toujours dans vos billets, à travers eux, une forme de Résistance que j'ai du mal à définir. Comme ce qui est contenu dans le mot "proche".
RépondreSupprimerCe serait comme une angoisse, une peur, une prémonition d'un avenir sombre pour la planète Terre et ses habitants.
Ce roman semble en faire partie puisque vous évoquez, Soleil vert, un temps post apocalypse et en même temps, très vite, vous suggérez que l'horreur se situe vers quelque chose d'inconcevable : chasser tous les êtres humains qui par une anomalie seraient différents. Là, nous ne sommes plus dans un futur imaginaire mais dans notre actualité où pullulent les évictions, les chasses à l'homme, les peurs face aux migrants et autres étrangers...
C'est cette superposition de ces deux temps qui rend vos présentations très philosophiques.
On se retrouve dans les croyances anciennes où la découverte d'une malformation à la naissance était imputée aux parents qui auraient commis quelque grave péché dont l'enfant porterait la punition. On se retrouve encore une fois sous la folie meurtrière des nazis qui tuaient ou déportaient les enfants porteurs d'handicap physique ou mental.
RépondreSupprimerJe crois que cet auteur - que je ne connais pas - est très lucide sur les dégâts que la haine et la peur peuvent engendrer.
Il y a aussi une présence fréquente dans la SF de ces régimes autoritaires qui veulent faire entrer chaque citoyen dans le moule de l'acceptation inconditionnelle de ces gouvernements. J'aime que dès le billet ce roman présente des Résistants, les parents de Sophie.
Cette chasse à "l'impur" est sous toutes ses formes tellement actuelle.
Qu'est-ce que la perfection physique, la beauté idéale ? Oui, le chef d'oeuvre inconnu...
Et ce pied-de-nez final à ceux qui ne voient pas la richesse de l'imperfection, la richesse de la rencontre avec l'autre, le différent.
Ce que j'aime aussi, ici, sur ce blog c'est que le dialogue entre les intervenants, grâce à ces romans, a une conséquence : l'acceptation au moins provisoire de l'idée que l'autre puisse avoir raison. Permettre à l'autre d'exister sans forcer les distances, dans le respect d'une relation épistolaire. L'espace que chacun aménage pour lui est vital. Parfois, sous prétexte de vérité on écrase complètement l'autre....
RépondreSupprimerJ'aime la confiance que Soleil vert donne aux intervenants pour qu'ils puissent exister.
Ailleurs , sur un autre blog où j'aimais écrire, avant... certains commentateurs me mettaient en état de defense, d'agressivité car ils portaient atteinte à mon identité. C'était un jeu pervers, une agression caractérisée dont j'ai préféré m'éloigner.
Ici, rares sont les interlocuteurs qui cherchent à réduire l'autre à leur vérité.
(Même en l'enrobant pour réduire l'autre par une sorte de bienveillance intellectuelle. Je n'aime pas ces situations équivoques.)
Voilà, autant de pistes de réflexion éveillées par ce billet et ce roman de John Wyndham
un roman qui est dans la pratique assez rare en France. Une première version au FNA (avec une couverture de Brantonne une fois de plus pompée sans honte, ici sur l'édition italienne). Une parution au CLA (re-traduite) reprise par Terre de Brume et finalement par J'ai Lu.
RépondreSupprimerWyndham est (était) un auteur très présent outre-manche avec un statut proche de Barjavel chez nous, un auteur connu à qui l'on pardonne le fait qu'il écrive de la SF.
Ce titre (et bien sûr l’autre partie du Diptyque -Les coucous de Midwich-) résonne profondément avec l'enfance de l'auteur qui, pour faire simple, se voyait comme un "alien" dans un environnement normatif.
Je ne vais pas paraphraser plus longtemps Amy Binns, mais son livre sur Wyndham (https://www.amazon.com/Hidden-Wyndham-Life-Love-Letters/dp/0992756715) est indispensable pour ceux qui désirent aller plus loin dans l'analyse de cet auteur majeur.
Merci.
Supprimer"Je ne vais pas paraphraser plus longtemps Amy Binns,"
RépondreSupprimerTu peux, si tu veux
Vous avez écrit : ce pied à l'orteil surnuméraire ". Je n'avais pas pris garde à cet adjectif ni à l'orteil en plus dans le dessin de la couverture. Donc une référence en plus, liée au roman : l'anomalie physique....
SupprimerBon, je lis.
(Je n'ai pas trop compris le balancement entre peux et veux dans la citation, ci-dessus. On peut pouvoir et ne pas vouloir...)
Plus proche que jamais car j'ouvre le livre !
RépondreSupprimerDonc pour ce narrateur pour l'instant inconnu, les images ont précédé la connaissance comme des intuitions (ville...bateau... objets divers...)
Mais cette ville d'après sa sœur Mary, n'existe pas ou plus... Elle suggère que son petit frère rêve du temps passé....
Oh, ces premières pages du livre commencent par une phrase mysterieuse : "le monde d'antan... ce monde merveilleux où avaient vécu les Anciens, avant que Dieu n'ait envoyé la Tribulation."
RépondreSupprimerTribulation ?
Dans les textes bibliques, la grande "tribulation" marque la fin des temps en précédant la parousie et l'avènement du Royaume de Dieu sur Terre. Donc un temps de détresse, de catastrophes. Est-ce ce temps qui est évoqué dans ce roman de Wyndham ?
C'est bien , Soleil vert, de ne pas avoir précisé l'anomalie du pied de la petite Sophie. Vous écrivez une malformation insignifiante... Ainsi, nous avons pu rêver sur le roman de Balzac, Le chef-d'œuvre inconnu. Mais les deux évocations ne sont pas antinomiques. De plus, inexplicablement je n'avais pas vu l'adjectif surnuméraire dans le billet quand vous évoquez la couverture du livre.
RépondreSupprimerÉtonnée et ravie, je découvre un emboîtement de vos mots et des mots de John Wythman dans son roman. Le pied du roman de Balzac, le pied du roman de Wythman.
Je prends mon pied !
Hello SV
RépondreSupprimerLe groupe Jefferson Airplane avec ”Crown of creation ”me fait penser au thème du bouquin.
oui c'est ça :
RépondreSupprimerIn loyalty to their kind
They cannot tolerate our minds
SV
S'anonyme : un auteur connu à qui l'on pardonne le fait qu'il écrive de la SF.
RépondreSupprimerJe ne sais pas s'il a écrit d'autres textes non SF, mais son écriture que je qualifierais d'un beau classicisme (je sais c'est approximatif) et l'approfondissement de la psychologie des personnages le distingue de ses collègues (les américains surtout) en terre imaginaire
SV
> Je ne sais pas s'il a écrit d'autres textes non SF,
RépondreSupprimeril existe au moins un roman policier ("Foul Play Suspected") publié par le même éditeur et sous le même pseudo que ses premier écrits SF. Par contre on connaît un certain nombre de textes non parus qui n'appartiennent visiblement pas au genre (cf. la bibliographie compilée par Stephensen-Payne).
On peut distinguer trois périodes dans la carrière de Wyndham :
- avant la 2ème guerre mondiale, c'est un puplster (Wonder Stories) assez classique (mais peu productif) qui publie parfois hors genre. On le retrouve au sommaire de Tales Of Wonder (un des premiers magazines SF britanniques). Il utilise alors ses pseudos
- durant celle-ci, il occupe d'abord un poste à la censure puis participe au Débarquement et n'écrit presque pas.
- après, c'est sa période romans (+ quelques nouvelles jusqu'au début des années 50 dans des revues SF un peu plus cotées) qui lui assurent une grande notoriété (et des éditions en littérature générale chez Penguin par exemple) avec des nombreuses adaptations à d'autres médias (on en compte pas loin d'une centaine) qui le font connaître. Il est amusant de voir que des textes de sa main vont continuer à être publiés après sa mort (en 1969).
La façon dont le jeune héros analyse des réactions face à la malformation du pied de Sophie est un peu simpliste. Ce roman fait parfois penser à la littérature jeunesse. Il est d'ailleurs conseillé aux plus de 12 ans.
RépondreSupprimerC'est un début assez manichéen où les réactions des adultes qui l'entourent, famille ou ville, sont écrites comme dans un conte avec une simplification extrême.
ses réactions
SupprimerPage 32, on apprend qu'il s'appelle David, qu'il a dix, qu'il vit dans une communauté où pullulent des fanatiques religieux épris de l'idée de pureté de la race humaine. Ouille ! Mauvais souvenirs historiques.
SupprimerDonc David et Sophie dans un monde barbare et élitiste postapocalyptique...
Wyndham a écrit aussi un roman de la fin du monde en ces années 1950, où éclate son originalité. Une traduction en France il y a longtemps, mais il m’est arrivé de tomber dessus à feue la Brocante de la Bastille…,Depuis j’attends l’intégrale. Je note ce livre.
RépondreSupprimer,’MC
Il s’agissait du « Jour des Triffides ». MC
RépondreSupprimerhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Jour_des_Triffides
SupprimerCelui-ci ?
Peut-être ai-je du mal à entrer dans un roman où le narrateur est un enfant. C'est cela qui me donne l'impression d'une littérature enfantine.
RépondreSupprimerCe retour arrière n'est pas ma préférence. J'ai laissé l'enfance et ses sortilèges loin déjà. C'était l'époque où je partageais passionnément des livres de littérature enfantine avec de vrais enfants. Aujourd'hui je m'intéresse d'avantage au cheminement de la pensée d'hommes et de femmes plongés dans les difficultés de la vie, à l'Histoire en marche, à la science-fiction qui est son prolongement imaginaire, à la philosophie, à l'art.
Ce roman de Wyndham a ses qualités certaines mais suis-je la lectrice qui le dévore ? Non. J'ai établi une distance avec son monde.
On verra demain en en continuant la lecture...
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/concordance-des-temps/des-enfants-au-moyen-age-2266006
RépondreSupprimerJ'ai écouté hier cette passionnante émission de J.Jeannenet. exceptionnel !
Voilà une plongée dans l'enfance très crédible.
Jean-Noël Jeanneney
SupprimerDans les réflexions de David, il n'y a pas assez d'ambiguïtés, de sensations confuses
RépondreSupprimerIl y a une radicalité démonstrative qui écrase ces souvenirs d'enfance. Trop de sérieux dans les perceptions pour un enfant de dix ans.
Je pense à une lecture ancienne qui m'avait conquise dans "Enfance berlinoise" de Walter Benjamin dont la force est cet assemblage précaire de fragments. Je ne crois pas que le propos de Wyndham soit dapprocher la psychologie enfantine mais de saisir ces personnages fictifs pour dénoncer les pratiques sectaires de cette communauté de fanatiques religieux.
La chape arachnéenne qui transforme les êtres en chrysalides... est une belle trouvaille...
RépondreSupprimerD'où les papillons de la couverture...
Quand même, quelle étrange expérience de lecture ce roman... Je n'ai pu m'y sentir à l'aise que lorsqu'ils sont devenus fugitifs hors de cette cité intolérante et destructrice. Peut-être aussi parce qu'ils sont sortis de l'enfance et que la narration devient cohérente avec celle d'un jeune adulte.
RépondreSupprimerLa fin est envoûtante avec cet imaginaire arachneen. L'envol final et la rencontre des gens dans leur diversité est un beau message de fraternité.
N'empêche que les pages antérieures à la fuite m'ont agacée
Il y a un domaine que je n'ai pas abordé : la télépathie. Dans ce roman, à part avec sa petite sœur Petra, elle est confondue avec un dialogue équivalent à ce qu'il serait sans la télépathie. Cela manque des impressions, des sensations, de la surprise qui accompagnent ce genre du communication possible, imparfaite, intermittente, tout à fait rare, exceptionnelle.
RépondreSupprimerIl y a beaucoup de promesses dans ce roman mais beaucoup trop de simplification.
Vous aviez, Soleil vert, présenté il y a longtemps, un roman beaucoup plus fort, angoissant. Son nom m'échappe ! Où un vieux bonhomme mort continuait à squatter la pensées de ses proches et avec malveillance. La télépathie - de fiction - était beaucoup plus crédible.
Quant à cette secte en folie traquant les déviants. Elle est pesante et caricaturée.
Télépathie (suite)
SupprimerSauf quelques passages.
p.159
"Elle paraissait avoir de nouveau perdu le contrôle de ses formes pensées, qui étaient mêlées et déformées par ses émotions. En s'approchant de moi, Elle préféra user de mots.
p.160
"Ce cri psychique était à ce point inarticulé que nous ne pouvions dire de qui il provenait."
p.161
"Ses pensées se fondirent en une détresse informe."
p.162
"Ils veulent savoir comment nous générons les formes pensées, connaître leur portée."
https://soleilgreen.blogspot.com/2023/06/la-memoire-de-lombre.html
RépondreSupprimerAh j'ai retrouvé "La mémoire de l'ombre" de Kate Wilhelm. Terrifiant, délectable !
J'écrivais le 1er juillet 2023 à 20:20 :
RépondreSupprimer"Peu à peu ils sont tous poreux aux pensées des autres qui les envahissent, ressentent ce que l'autre ressent, devine ses pensées les plus secrètes. Ce qui provoque une exaspération. Ils s'en défendent, ne sont pas prêts à être envahis par les pensées des autres surtout quelles sont sombres, tragiques, imprégnées de souvenirs terribles...."
C'est un peu cela la télépathie pour moi.
Il me semble que ce roman pourrait être lu par des enfants à partir de 12 ans. Ce serait un excellent roman de littérature enfantine. Ma bibliothécaire confirme le plaisir que les enfants et préadolescents ont en lisant ce roman de John Wyndham. Et là tout est parfait dans ce que j'ai ressenti comme simplification.
RépondreSupprimerComme le chef-d'œuvre de William Golding "Sa Majesté les Mouches" (1954).
SupprimerEn Littérature Jeunesse, ces grands romans visant la constitution d'une société par des enfants pour survivre à la cruauté d'une situation passionnent les préadolescents et donnent lieu à de riches débats.
Me reviennent les débats avec les grands élèves du cours moyen à propos des romans que nous avions partagés.
RépondreSupprimerCe roman m'évoque un autre souvenir, le partage avec eux d'un grand classique : "Les Aventures de Huckleberry Finn", de Mark Twain.
RépondreSupprimer"Les Chrysalides" de John Wyndham trouve place au milieu d'autres classiques : Robinson Crusoé / Daniel Defoe, L'Homme à l'oreille cassée / Edmond About, Le Roman de la momie / Théophile Gautier, Les Voyages de Gulliver / Jonathan Swift, Quentin Durward / Walter Scott... La liste est longue qui traverse le temps depuis les années 90...
RépondreSupprimerAutant de fictions permettaient à ces futurs ados d' approfondir leurs pensées par la lecture, l'échange. C'était le temps des clubs lecture en partenariat avec les bibliothécaires.
Ah quel retour arrière provoqué par la lecture de ce roman qui ne me paraît pas tout à fait cibler un public adulte sauf peut-être pour ce portrait collectif un peu lourd de cette communauté religieuse, intégriste et fanatique épris d'une dangereuse dérive vers la pureté de la race.
Quand vous choisissez Soleil vert, des éditions des années passées, vous soulevez la poussière du chemin, des souvenirs de ces années-là. C'est aussi le charme de votre blog.
Bon, je vais arrêter là. J'entraîne votre chronique vers des souvenirs professionnels où la littérature tenait une si grande place. Comme le rapporte dans "Kolkhose" E. Carrère , une parole de sa mère : - Qu'importe s'il a de mauvaises notes puisqu'il lit !
RépondreSupprimerLa littérature comme une fabuleuse ouverture sur le monde...
Dieu! Que c’est mauvais ce Kolkhose! Et vous en tirez une phrase potable! Chapeau!
RépondreSupprimerBof ! C'est une écriture de lui à lui, une plongée dans ses souvenirs au fil de la plume. Je crois qu'il se moque de la lecture de son livre. Lui a dû prendre du plaisir à l'écrire, à élucider à la va-com-jte-pousse tout ça qui est remonté en lui comme un grand charivari. Certains livres sont écrits pour soi.
SupprimerEt puis c'est un livre qui commence par un deuil. Mettre en terre sa mère et son père, ça fait froid dans le coeur. Alors on se réfugie dans les racines, "la verticale", comme il l'écrit. Brouiller le chagrin avec une multitude d'ancêtres, de connaissances. Battre le rappel. Parler de n'importe quoi. Revoir des territoires, des voyages, des migrations.
SupprimerEt si un éditeur s'appuie sur la notoriété d'Emmanuel Carrère pour éditer ce sac de mots brûlants, parfois cocasses, laissons les lecteurs choisirent de lire ou ne pas lire ce gros pavé.
Walter Benjamin, en plus court, a collé ses fragments dans "Enfance berlinoise".
C'est la rentrée. Abondance de morts dans la famille où l'on tire pêle-mêle le père, la mère, le grand-père, la grand-mère, lamant, l'amante, les amis de collège, les profs, etc.
Les gens cherchent leurs racines , leur histoire
J'ai eu, dans une de mes classes, (maternelle) , une fillette venue de loin et qui connaissait l'égarement d'être dans un pays inconnu où elle apprenait une langue non-maternelle.
Un jour, un de ses camarades lui demanda d'où elle venait ?
- moi, dit-elle fièrement, je viens du ventre de ma maman.
Pour vous cette délicieuse bataille, page 87,.
RépondreSupprimer"Submergée par ces déchaînements de sarcasmes, ma grand-mère protestait timidement. Elle s'en moquait, des tolstoïens (...)
Lire et relire "Guerre et Paix", pour le, c'était comme d'être allongée dans un champ, l'été, et regarder au-dessus de soi passer les nuages, et se sentir pleinement vivante . Mon grand-père secouait la tête. Ils ne parlaient pas la même langue. Il avait ja passion des idées et le génie de l'amertume. Son grand homme était Dostoïevski, qui commence son premier grand récit, "Les Carnets du sous-sol", par ces mots : " Je suis un homme malade. Je suis un homme méchant." Tout ce qui suivra est sur ce ton. Homme du sous-sol, oui, homme malade et méchant, homme caché dans la cave, homme du ressentiment, homme des phrases répétitives, tortueuses, goudronneuses, ratiocinantes, à quoi les phrases de mon grand-père, dans ses lettres, ressemblent beaucoup."
A quoi ressemblent aussi les phrases de ce roman !
pour elle - la
SupprimerJe songe, lisant Kolkhose à un roman de Michel Tournier "Vendredi ou les limbes du Pacifique" surtout à un passage, celui où miné par la solitude,
RépondreSupprimerdésespéré, Robinson cède à la tentation de s'attarder dans « la souille », un creux empli de boue tiède, où il s'immerge pendant des heures, oubliant tout se laissant aller à la nostalgie, donc à des souvenirs informes, des fragments de sa vie d'avant.
Ce livre, "Kolkhose", c'est un peu sa "souille". L'écriture vagabonde et lui dans une sorte de torpeur les écoute. Une voix qui l'enveloppe, qu'il note. C'est tout emmêlé, c'est poignant. Il coule.....
Mais le chapitre 26 est d'une rare lucidité. Vous l'avez lu avec agacement, relisez le avec attention....
RépondreSupprimerKolkhose. J’aurais préféré que l’auteur se restreigne à ce qu’implique le titre du livre Kolkhose,à savoir les relations de Hélène et ses enfants, un cercle qui s’est reconstitué sur son lit de mort. Entre les deux,des années de haine et d’amour,entre la mère et le fils. Portrait au vitriol d’une femme qui a sacrifié par ambition son mari et ses enfants. Portrait caustique de la mère qui en plus donnait une vision démodée de la Russie.
RépondreSupprimerIl est certain qu’un passage sur la Garonne ou un de ses affluents où il se baigne enfant est d’un profond intérêt…😊
RépondreSupprimerMC
RépondreSupprimerOn croirait se vautrer dans de l’eau sale….
RépondreSupprimer600 pages... Je lis le livre par séquences. C'est tout à fait possible.
RépondreSupprimerPour moi, écrire sur ses proches est tabou. Les morts ont droit au silence.
Mais ce n'est pas moi l'auteur c'est ce grand garçon dégingandé, hirsute, au sourire désarmant, à la plume volubile. J'avais lu "Yoga"...
Ce livre est fou d'amour d'un fils pour sa mère mais aussi plein de règlements de comptes. Parfois dur. Étiré dans le temps sur quatre générations et sur tant de pays traversés. Certains passages très surprenants par le contraste que cette femme établissait entre survivre, souvent dans la pauvreté pendant les années d'exil et la distinction liée à la culture, à la littérature, à une certaine éducation.
Oui il y a des rivières claires et des eaux boueuses. Le lecteur est presque un voyeur en lisant ce livre. Mais quelle richesse aussi quand on entre dans 'antre de leur bibliothèque.
Bon, je ne vais pas jouer les prolongations. Ce blog devient fou de littérature !
Un petit Kipling à suivre... SV
RépondreSupprimerOh , c'est la fête !
Supprimerhttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/relire-w-ou-le-souvenir-d-enfance-de-georges-perec-3601793
RépondreSupprimerPour clore ce grand détour du livre d'Emmanuel Carrère, Kolkhose , voici un lien qui conduit vers une des plus belles émissions de Marie Richeux, du Book club, un livre de Georges Perec sur une enfance perdue, volée dans la nuit du nazisme " W ou le souvenir d'enfance ".
Un livre comme une page blanche face aux 600 pages de Kolkhose.
Bonne soirée à tous.
Opposer Perec à Carrere , c’est meurtrier!
RépondreSupprimerPerec me donne le silence que Carrère a pulvérisé.
SupprimerLes voix de cette émission sont rares. Tout commence par la première phrase : "Je n'ai pas de souvenir d'enfance..."
Au milieu du livre (...)
SupprimerCe silence dans ces trois points de suspension. Tout un chapitre mort-né.
Tous ces livres, toutes ces personnes qui explorent leur mémoire. Une recherche comme un combat, parfois comme un dialogue. Elles forent, traversant des couches de sens et d'oubli. Une sorte d'archéologie...
SupprimerDes stèles funéraires...
Quel risque ! Quelle brèche !
J'aime beaucoup vos colères.
J'aurais pu évoquer "Austerlitz, le dernier roman de W.G. Sebald. Le chemin de cet émigrant pourchassé, fragile, à la recherche de son passé. Là, aucun chapitre. Une seule coulée de mots dans ce monde à l'envers..
RépondreSupprimerC'est Patrick Charbonneau qui a traduit ce livre rare pour Actes sud.
"si je songe à tout ce qui sombre dans l'oubli chaque fois qu'une vie s'éteint, si je songe sur le monde pour ainsi dire se vide de lui-même à mesure que plus personne n'entend, ne consigne ni ne raconte les histoires attachées à tous ces lieux et ces objets innombrables qui n'ont pas, eux, la capacité de se souvenir. (...)
Personne ne saurait expliquer exactement ce qui se passe en nous lorsque brusquement s'ouvre la porte derrière laquelle sont enfouies les terreurs de la petite enfance. (...)
Depuis mon enfance et ma jeunesse,j'ai ignoré qui j'étais en réalité. (...) Le fait que mon nom m'ait été dissimulé jusqu'à ma quinzième année, aurait dû me conduire sur la trace de mes origines..."
si je songe que le monde
SupprimerAusterlitz ”,un grand roman,pas moins.
RépondreSupprimerLu aussi Les émigrants ,où l’auteur nous parle de ces destinées, de son instituteur qui refusait d’être allemand ,des fins tragiques. Poignant.
Merci à Actes Sud pour ces découvertes d’auteurs étrangers.
Libraire.
Oui, Libraire, j'ai lu ces livres. J'y reviens souvent ainsi que ce face à face de l'écriture avec des photos qui épaississent le mystère. Pour Les Emigrants c'est troublant.
SupprimerToujours chez Actes sud , "L'archéologie de la mémoire", une conversation entre de nombreux protagonistes et W.G. Sebald .
Lynne Sharon Schwartz a assuré l'édition et la présentation.
(Traduit de l'anglais par Delphine Chartier et Patrick Charbonneau.)
Toujours l'exil et l'expatriation et le monde des disparus comme centre des préoccupations. Des histoires qui disent l'absence.
Le bric à brac des "Anneaux de Saturne" qui offre un engrenage affolant est un peu élucidé.
Mais tous ces narrateurs ont la voix de Sebald.
Dans ce livre d'entretiens il dit des photos qu'elles ont des objectifs différents du texte. Elles viennent d'albums de photos divers, ne lui appartenant pas. Il les a placées pour accréditer la véracité du récit et pour arrêter la fuite du temps. Quel étrange pari...
Et quand il dit : "- il y a quelque chose de suspect dans l'écriture parce que c'est indiscret. (...) et vous ne savez pas si vous faites quelque chose de bien ou quelque chose de mal.", je pense à Emmanuel Carrère...
C'est un livre épatant pour mieux comprendre et ses livres et l'homme.
Relu, hier au soir, l'énigmatique livre de Georges Perec, "W ou le souvenir d'enfance. Les deux textes enchevêtrés prennent sens peu à peu. L'île de W prend peu à peu son vrai visage, celui d'un camp d'extermination.
RépondreSupprimerRobert Bober a raison, comme il est bouleversant le texte page 99 qu'il n'a pu lire...
"Moi, j'aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. Sur la table, il y aurait eu une toile cirée à petits carreaux bleus ; au-dessus de la table, il y aurait eu une suspension avec un abat-jour presque en forme d'assiette, en porcelaine blanche ou en tôle émaillée, et un système de poulies avec un contrepoids en forme de poire. Puis je serais allé chercher mon cartable, j'aurais sorti mon livre, mes cahiers et mon plumier de bois, je les aurais posés sur la table et j'aurais fait mes devoirs. C'est comme ça que ça se passait dans mes livres de classe."
Et page 62/62 : "Nous n'avons jamais pu retrouver de trace de ma mère ni de sa sœur. Il est possible que, déportées en direction d'Auschwitz, elles aient été dirigées sur un autre camp ; il est possible aussi que tout leur convoi ait été gazé en arrivant. Mes deux grands pères furent également déportés ; David Peretz, dit-on, mourut étouffé dans le train ; on a retrouvé aucune trace d'Aron Szulewicz (...)
Ma mère n'a pas de tombe. C'est seulement le 13 octobre 1958 qu'un décret la déclara officiellement décédée, le 11 février 1943, à Drancy (France)."