jeudi 6 avril 2017

El ùltimo lector

David Toscana - El ùltimo lector - Zulma








A Icamole, petite localité du Nord du Mexique, Remigio, un villageois, découvre au fond de son puit le cadavre d’une fillette. De peur d’être accusé, il enterre le corps sous un avocatier. Son père, bibliothécaire, entreprend une sorte d’enquête, aidé en cela par ses livres.

David Toscana est un écrivain mexicain, ingénieur de formation né en 1961. Ses ouvrages dit on rompent avec le réalisme magique sud-américain, encore que El ùltimo lector débute par quelques lignes dignes de  Marquez :
« Le sceau descend dans le puit jusqu’à buter contre une surface plus résistante que l’eau et il émet un son auquel Remigio s’attendait. Cela va faire un an que la pluie ne s’est pas mise à tomber, et depuis juillet, les gens se réunissent chaque après-midi dans la chapelle Saint Gabrielle Archange, mais le mois de septembre est déjà bien avancé et pas une goutte d’eau, pas un même un crachat n’est tombé du ciel. De temps en temps le jour dépose de la rosée sur les feuilles et les fenêtres, et pourtant c’est à peine si les plus matinaux l’aperçoivent, car dès que le soleil se lève sur Icamole, il emporte toute humidité. Un jour, des nuages chargés d’eau étant apparus à l’est, quelques villageois ont grimpé sur la première colline venue pour les exciter de là-haut. Nous sommes ici, venez, nous avons soif, et plusieurs femmes ont ouvert leur parapluie pour montrer leur foi inébranlable, une foi qui s’est révélée incapable de déplacer des montagnes, en tout cas pas le mont Fraile, à vingt kilomètres de là, car, à la déception générale, les nuages ont fini par se briser contre ses cimes et ses pentes, pour y déverser leur précieux fardeau. Ce n’était ni la première, ni la dernière fois que le mont Fraile leur volait leur espoir, et c’est pourquoi Villa de Garcia, la bourgade voisine, est toujours verte, tandis qu’à Icamole les canaux d’irrigation ne sont que des chemins creux à rat ».

Mais cette magistrale entrée en matière n’est qu’une illusion. Passé la première moitié du récit, le lecteur emprunte un chemin éloigné de l’intrigue initiale, la résolution d’un crime, au profit d’une incursion dans l’esprit d’un homme passionné de littérature qui assujettit  le monde à l’univers romanesque. En cela David Toscana est bien fils de Cervantès et de Borgès. Icamole, trou perdu du Mexique figé comme ses habitants dans un temps immémorial, vit au rythme des forces élémentaires, la sécheresse, les rares pluies, le sacrifice d’un bouc ou l’assassinat d’une fillette. La vie, la vie véritable, les passions, appartiennent aux livres de Lucio. Sur proposition d’un représentant du gouverneur de la région, ce dernier a abandonné ses chèvres et transformé dans un premier temps le rez de chaussée de sa masure en bibliothèque dont il devient assez vite le seul visiteur. Lucio, lecteur avisé et impitoyable, jette aux cafards les mauvais ouvrages. Lui donne t-on une Bible qu’il advient ceci : « Au commencement Dieu créa les cieux et la Terre. Il nie de la tête. Pourquoi préciser que le commencement est le commencement. Il raye les deux premiers mots et lit à voix haute : Dieu créa les cieux et la terre. Beaucoup mieux se dit-il. »

Dans les non-dits du roman surgit la figure d’Herlinda, femme de Lucio tuée par un scorpion, clef de voûte de la fuite de son mari hors du réel. Elle rejoint dans sa disparition l’enfant, et Melquisidec le porteur d’eau, tous personnages sans voix et presque sans existence auxquels la mort apporte un peu de relief et la littérature un peu de signification. Au commencement était le Verbe, et à la fin aussi.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonne pioche! j'espere ne pas ètre le "dernier lecteur".